La plupart des personnes qui viennent consulter un ostéopathe souffrent de douleurs anciennes ou chroniques. Certaines de ces douleurs sont apparues suite à un traumatisme ou à une blessure, et il est donc très fréquent que des cicatrices soit présentes sur le corps, en lien avec ces histoires de vie.
Ces cicatrices font partie des éléments qui intéressent beaucoup l’ostéopathe. Elles font partie de l’histoire de votre corps, et donc aux tensions et aux blocages qui ont pu s’y installer, pouvant causer de manière directe ou indirecte certains des maux dont vous pouvez souffrir.
Prenons l’exemple d’une fracture ouverte, ou d’une opération. Certaines cicatrices sont souples et peu influentes sur le plan de l’équilibre général du corps, mais il arrive très fréquemment que des adhérences soient présentes et perturbent le fonctionnement des tissus, des organes.
Nous allons étudier ce sujet dans cet article.
1/ Physiologie du processus cicatriciel
Une première considération
Tout d’abord, une première manière de voir le corps et son organisation tissulaire : il existe un certain nombre de couches successives, de la superficie à la profondeur, très bien décrites dans les livres d’anatomie : la peau, puis les fascias superficiels au-dessus des muscles, puis les couches plus profondes entourant les différents organes ; enfin, les couches entourant les os et les structures plus internes.
C’est comme un millefeuille de tissus, avec une capacité intrinsèque de glissement extraordinaire. Tout est en mouvement permanent.
Lorsqu’une cicatrice se fait, il faut imaginer que tous ces plans successifs sont coupés : lors de la cicatrisation, les couches vont plus ou moins perdre leur capacité de glissement et une partie de leur élasticité, selon la nature de la blessure, le type de cicatrice et la qualité globale des tissus de la personne.
Les fascias selon les observations du Docteur Guimberteau
Les tissus dont nous parlons peuvent être appelé fascias.
Votre ostéopathe, Julie Wipff à Compiègne, travaille sur cela avec la méthode tissulaire.
Un chirurgien bordelais, le Docteur Jean-Claude Guimberteau, a révolutionné l’approche et la compréhension des fascias par ses recherches et ses découvertes depuis le début des années 2000.

Image : Voyage sous le peau Docteur Guimberteau source : https://www.bezzina-osteopathe-paris.fr/blog/8-Voyage-sous-la-peau.html
En effet, ce qui était avant considéré comme un tissus d’enveloppe sans grande fonction, tissu que les anatomistes enlevaient au moment d’ouvrir un corps, se révèle en fait être d’une fonction capitale dans « l’architecture intérieure ». Selon les mots du Docteur Guimberteau :
- Ces tissus, observés in-vivo au microscope, ont une structure très complexe et dynamique en 3D.
- Ils sont en situation de pré-contrainte, c’est à dire qu’ils tiennent l’équilibre des tissus entre eux par une tension de base qui est fondamentale dans l’architecture, que ce soit dans la construction des bâtiments ou d’un corps humain: c’est le principe de tensegrité (ou bio-tensegrité lorsque cela est appliqué au vivant).
- Toute sollicitation mécanique à un endroit de ce tissu provoque instantanément une réorganisation spatiale de l’ensemble. Cela est très intéressant d’un point de vue d’ostéopathe, car cela peut expliquer pourquoi lorsque l’on manipule une zone du corps, cela a des répercussions parfois immédiates à distance : soulager une épaule en libérant un poignet, par exemple.
Il a été observé également lors des interventions in-vivo au microscope qu’une zone avec une cicatrice présente une modification nette de l’organisation de ses fibres de collagène : la zone devient plus dense et les alvéoles contenant du liquide sont moins nombreuses.
2/ Typologie des différentes cicatrices
Cliniquement, suite à un traumatisme ou à une opération, la cicatrice va passer par différents stade. Une période de latence, où la cicatrice semble ne pas évoluer, qui dure deux ou trois semaines, après laquelle arrive la période dite « inflammatoire », où les phénomènes inflammatoires flambent : la cicatrice est rouge, parfois chaude et douloureuse, provoquant des démangeaisons. Cette phase peut durer jusqu’au deuxième mois. Puis ce sera la période d’involution, à partir du troisième mois, jusqu’à 6/8 mois chez l’adulte ( elle peut être plus longue chez l’enfant : jusqu’ un an, un an et demi ).
Passé ce délai, la cicatrice est immuable, elle n’évolue plus, et devrait être dans l’idéal blanche, souple et indolore.
Il arrive que ces cicatrices évoluent de manière pathologique.
La cicatrice hypertrophique

Il s’agit d’une cicatrice qui évolue normalement au départ, mais qui suite à la période inflammatoire, va poursuivre son processus congestif. La cicatrice sera alors rouge, violacée, épaissie, parfois douloureuse. Cette phase inflammatoire prolongée va durer intensément jusqu’à 6 mois généralement, et s’atténuer progressivement au bout de 2 ans. On estime que passé ces deux ans, la cicatrice n’évoluera plus. Elle sera souvent plus large et plus marquée, plus épaisse qu’une cicatrice ayant eu une évolution normale.
Parmi les facteurs favorisants, on peut citer : les peaux pigmentées, les peaux de roux, le lieu de la cicatrice par exemple sternale ou scapulaire, le type d’agression de la peau ( les brûlures…) , la traction cicatricielle : selon l’endroit de la cicatrice et les tensions tissulaires qui s’appliqueront dessus au niveau d’une articulation ou dans le cou, et l’âge du patient : les adolescents et pré-adolescents auront plus tendance à développer des cicatrices hypertrophiques.
Ces cicatrices doivent absolument être travaillées manuellement : par son action sur le tissus fibreux en profondeur et en superficie ( par des effleurements ), l’ostéopathie a vraiment une place de choix dans ce travail pour faire en sorte que cette cicatrice ait le moins de conséquences possible ( esthétique et physique ).
La cicatrice chéloïde
C’est une sorte de cicatrice hypertrophique dont le processus inflammatoire ne se termine pas, et qui ne donne aucun signe d’involution. Elle se stabilisera souvent plus ou moins sous la forme d’un bourrelet rouge violacé saillant, parfois douloureux.
Les massages, la compression, le travail de l’ostéopathe sensibilisé à ce sujet, de manière précoce dès le premier mois, peut avoir une rôle préventif et freiner la prolifération.
Ce type de cicatrice est très particulier, et demandera l’intervention d’un médecin ou d’un dermatologue spécialisé selon l’étendue et la gravité de la cicatrice, pour proposer un traitement médical (cortisone en injection locale bien souvent).

La cicatrice atrophique
Est une cicatrice qui présente une dépression. Elle est dûe le plus souvent à un manque de soutien des tissus sous-jacents ou d’une hypovascularisation. L’utilisation de corticoïde a également tendance à provoquer ce genre de cicatrice : blanche et creusée.
On comprend là l’importance de préparer, lorsque cela est possible, le corps à une intervention, pour optimiser les glissements des différents fascias entre eux, améliorer la qualité des tissus, limiter les tensions dûes aux autres régions du corps, améliorer la vascularisation localement…
La cicatrice adhérente

Il arrive lors d’une cicatrisation, notamment lorsque la cicatrice est profonde mais pas que, que les différents plans de tissus, de fascias, créent des adhérences entre eux, des ponts fibreux, qui leur font perdre leur capacité de glissement. Ces adhérences peuvent parfois concerner des tissus assez profond du corps, et ainsi donner l’impression vue de l’extérieur que la cicatrice est comme « tractée » vers l’intérieur du corps (cicatrice d’appendicectomie ou de césarienne par exemple). Parfois les patients décrivent cette sensation comme quelque chose qu’ils ressentent physiquement sans que cela soit nécessairement visible, une impression de « quelque chose qui tire » à l’intérieur.
Ces adhérences peuvent être très profondes et concerner des tissus très internes, mais elles peuvent être aussi superficielles (par exemple au niveau du visage, au niveau du front ou du cuir chevelu).
Une cicatrice peut aussi évoluer par une hyperpigmentation, ou rester douloureuse… Quelque-soit l’évolution, ou l’ancienneté de celle-ci, n’hésitez pas à en parler à votre ostéopathe.
3/ Restaurer la qualité et l’intégrité tissulaire : le travail de votre ostéopathe
L’image de la pince à linge

Il en est de même pour des tensions corporelles, et notamment au niveau d’une cicatrice.
Une cicatrice adhérente représente un point fixe et beaucoup de lignes de tensions convergent vers elle.
Lors du traitement ostéopathique des cicatrices et plus généralement des tissus, il est une image que nous aimons employer pour expliquer aux patients ce que nous ressentons et ce qui se passe dans leur corps.
Le corps peut être vu comme une grande nappe, un tissu étalé bien à plat sur une table. Lorsque des tensions se forment, c’est comme si vous preniez une partie au milieu de cette nappe et que vous y accrochiez une pince à linge. En prenant du recul, vous verrez à la fois le point de fixation central que représente la pince mais également les lignes de plis qui convergent toutes vers ce point.
Il en est de même pour des tensions corporelles, et notamment au niveau d’une cicatrice. Une cicatrice adhérente représente un point fixe et beaucoup de lignes de tensions convergent vers elle.
L’aspect émotionnel de la cicatrice
Ces cicatrices font parties de l’histoire traumatique de la vie de notre corps. Elles peuvent être à ce titre liées à des émotions fortes. Ces émotions sont comme contenues dans les tissus cicatriciels, et sont à prendre en compte par votre ostéopathe dans son travail. Le travail sera toujours abordé en douceur, afin que le corps puisse intégrer au mieux cette mémoire tissulaire.
Traitement manuel local, mais une histoire corporelle globale
Il est possible de faire une travail local sur une cicatrice adhérente par exemple, mais Julie Wipff ostéopathe à Compiègne aura toujours une approche globale de la situation, selon l’histoire de la personne, conformément aux principes ostéopathiques.
Ne serait-ce que limiter l’influence des autres parties du corps sur une cicatrice : comme vu dans le paragraphe sur la typologie des cicatrices, nous avons vu qu’un bonne cicatrisation est extrêmement dépendante des tensions qui jouent sur le zone touchée, d’une bonne vascularisation, et d’une qualité tissulaire optimale…
4/ L’abord des cicatrices dans la pratique ostéopathique quotidienne
Nous recevons chaque jour en tant qu’ostéopathe des patients ayant des cicatrices. Parfois elles sont susceptibles de créer des perturbations, comme par exemple suite à une opération chirurgicale.
Il faut noter que l’intérieur du corps n’est pas fait pour être en contact avec l’air libre. Lorsqu’on ouvre une partie du corps pendant une chirurgie, par exemple au niveau de l’abdomen, de l’air entre en contact avec les tissus internes, ce qui créé directement un assèchement puis un accolement tissulaire après l’opération. Cela est vrai pour des ouverture large, mais aussi pour des opération sous scopie (avec une caméra) : cœlioscopie, arthroscopie. Même si les ouvertures sur la peau sont minimes, ce qui est vraiment intéressant, on injecte par exemple pendant la cœlioscopie un gaz visant à dilater la paroi abdominale pour favoriser l’abord chirurgical. Il y a un travail ostéopathique utile à faire dans des semaines qui suivent une intervention chirurgicale de ce type, à visée d’entretien ou pour soulager des douleurs qui surviendrait en post-opératoire.
Dans le cadre d’une césarienne également, il y a la partie visible de la cicatrice sus-pubienne, qui peut parfois être douloureuse ou adhérente en surface, mais il faut aussi considérer la partie immergée de l’iceberg, tous les tissus plus profonds : gaines des grands droits , fascia transversalis, péritoine pariétal, utérus. Il existe d’ailleurs une voie d’abord « extra péritonéale » pour la césarienne, intéressante car elle permet une meilleure récupération de la patiente, mais celle-ci est peu pratiquée.
Lorsque le chirurgien suture les différents plans, ils vont perdre leur capacité à glisser les uns par rapport aux autres.
C’est le même principe pour les autres opérations digestives, en gynécologie, en cancérologie: appendicite simple ou compliquée, ablation d’une partie de l’intestin, de l’utérus, des ovaires, de la vessie…
Un cas également très fréquent en pratique quotidienne : les cicatrices mammaires ou axillaires, lors de reconstruction suite à un cancer du sein. Les cicatrices sont souvent assez adhérentes au niveau de la paroi thoracique, peut être d’autant plus symptomatique que la région est assez fine en tissu au-dessus du grill thoracique, osseux, et que la région est soumise à des mouvements importants tout au long de la journée. Les cicatrices du sillon sous-mammaire, ou autre selon les types d’intervention, sont à travailler quasiment systématiquement. Elles créent souvent des perturbations entraînant des douleurs d’épaules et cervicales que les patientes ont souvent du mal à comprendre. Il est difficile de faire le lien avec ces cicatrices, et c’est souvent en constatant l’amélioration après les séances d’ostéopathie que les patientes le comprennent.

Les cicatrices axillaires lors d’un curetage ganglionnaire, sont également très importantes à considérer du point de vue ostéopathique. Elles créent souvent des douleurs dans le bras, car les nerfs et les vaisseaux du bras passent dans le creux axillaires, mais aussi des fréquentes douleurs d’épaule, parfois des migraines, douleurs faciales du côté opéré.
Les chirurgie de la glande thyroïde : bien que cette glande soit en surface sous la peau, elle n’en est pas moins reliée aux aponévroses cervicales superficielle et moyenne, elles-mêmes faisant le lien direct entre le diaphragme, le cœur et la gorge, ainsi que la base du crâne. C’est un exemple assez parlant car la cicatrice d’une telle chirurgie est minime, peu profonde et peu étendue en surface : pourtant, comme la zone est en mouvement permanent, un petit point de fixation pourra avec les mois, les années, créer des potentielles douleurs dans la nuque, dans le dos, et d’autres symptômes. Votre ostéopathe vérifiera donc si ces cicatrices posent problème ou non.
Il y a également toutes les interventions en orthopédie, prothèse totale de hanche (PTH), prothèse de genou (PUC OU PTG), opération chirurgicale pour l’hallux valgus… Les cicatrices peuvent parfois limiter la bonne récupération des patients à long terme, ou créer des douleurs résiduelles dans la cuisse, la jambe, le pied, malgré une rééducation bien menée en kinésithérapie.
Les interventions pour les syndromes du canal carpien sont aussi très fréquentes et il faut souvent y travailler en ostéopathie dans le cadre post-opératoire.
Les interventions néonatales sont aussi à considérer. Lorsqu’un bébé est opéré, souvent pour une chirurgie cardiaque ou digestive, son volume corporel est particulièrement réduit : la cicatrice va avoir besoin de s’étirer d’une manière énorme pendant la croissance, ce qui va possiblement engendrer des résistances tissulaires, car comme nous l’avons vu, la cicatrice est par principe une zone de tissu dont qualité d’extensibilité et d’élasticité est altérée. Il peut être important d’accompagner de temps en temps les enfants durant leur croissance à ce sujet, et même de travailler sur des adultes qui n’auraient pas eu recours à l’ostéopathie plus jeune (cette thérapie étant moins plébiscitée qu’aujourd’hui à l’époque).
Conclusion : l’ostéopathie, un soutien d’une bonne cicatrisation
L’ostéopathie a une place de choix dans le travail des cicatrices.
A la fois en amont dans le cadre d’une intervention chirurgicale, pour favoriser un bon processus cicatriciel, dans les semaines qui suivent l’intervention ou le traumatisme, mais également sur des cicatrices plus anciennes qui laissent parfois des traces importantes à la fois physiquement pour le patient mais aussi mentalement.
